Flora Tristan

Ce siècle avait trois ans, quand Flora Tristan naît à Paris. C’est une métisse. Si, à notre époque, les consciences ont suffisamment progressé pour saluer et même reconnaître la valeur et la beauté de ces nouveaux humains issus d’origines diverses, il n’en est rien à cette époque. Quoiqu’il en soit, le critère le plus déterminant reste l’origine sociale, la “classe” et de ce point de vue, Flora Tristan est née dans une famille aisée. Mais son père, un hispanique péruvien, décède quand elle a 4 ans et demi, sans que l’union de sa mère et de son mère ait été officiellement établie et reconnue. Les soucis financiers de sa mère lui font connaître l’insécurité économique, en comparaison de la partie “noble” de la famille, “fortunée” par l’esclavagisme, le pillage, l’appropriation et le commerce d’un grand nombre de biens communs. Mariée à 17 ans, par intérêt économique, avec un artisan, elle fait l’expérience de ce qu’est la sujétion d’une épouse, confrontée à la violence de son mari, contre laquelle et lequel aucune loi à l’époque ne la protège. Néanmoins, comme son mari finit par tenter de l’assassiner, la “Justice” lui accordera la séparation de corps, bien après qu’elle l’ait quitté. C’est entre 1833 et 1844 qu’elle parvient à vivre. Dans un premier temps, elle se rend au Pérou pour tenter d’obtenir de la famille de son père un héritage ou une rente – ce qu’elle finit par obtenir, mais avec des difficultés, et sans que la parole donnée soit tenue jusqu’au bout. En effet, de retour de ce voyage, elle raconte ce qu’elle a vu dans un livre, “Pérégrinations d’une paria“. Elle y sonne une charge contre “la plus haute classe” qui “est profondément corrompue”. Or, à peine publié en France, l’ouvrage est traduit et diffusé au Pérou, et les membres de la classe en question, dont la famille de son père, sont outrés par cette attaque. Elle part ensuite à Londres, pour, à la fois, mener une enquête sociologique sur le monde ouvrier, et notamment les femmes ouvrières dans les usines de production textile, les “filatures”, et pour y commencer une activité syndicale, révolutionnaire. Elle écrit alors “Promenade dans Londres“. De retour en France, elle décide de faire de même, mais cette fois-ci dans le monde des artisans-compagnons, en réalisant elle-même un “Tour de France”. Georges Sand, sollicitée pour l’aider, la snobe – qui en sera surpris ? Au fur et à mesure de ses déplacements, elle rédige à la fois un “Journal”, sur son “Tour de France” (sous titré “Etat actuel de la classe ouvrière sous l’aspect moral, intellectuel, matériel”, et “l’Union Ouvrière“. Au cours de ce voyage, elle s’affaiblit – sans doute en raison de la blessure causée par la tentative d’assassinat de son mari, par son séjour en Angleterre. Elle décède alors qu’elle se trouve près de Bordeaux et elle est enterrée dans cette ville, où un monument à sa mémoire a été financé et installé, où nombre viennent lui rendre hommage. En l’espace de quelques années, la comète Flora Tristan, une femme, a posé les bases et du syndicalisme, dans toutes ses dimensions, et de l’action révolutionnaire contre la société de classes.